Le jeu parallèle expliqué simplement

Deux enfants assis côte à côte manipulent chacun leurs jouets sans échanger ni collaborer. Contrairement à l’idée répandue que le jeu implique toujours interaction ou coopération, cette forme d’activité occupe une place centrale dans le développement précoce.

Des recherches ont montré que cette pratique, souvent observée entre 18 mois et trois ans, n’est ni un signe d’isolement ni d’indifférence sociale. Elle marque une étape clé dans l’acquisition progressive des compétences relationnelles et prépare l’enfant à des formes de jeu plus complexes.

Le jeu parallèle : une étape clé du développement chez l’enfant

On pourrait croire que jouer côte à côte, sans un mot, n’a rien d’extraordinaire. Pourtant, le jeu parallèle s’impose très tôt, dès deux ans, comme un passage structurant dans le développement de l’enfant. Dès les années 1930, la sociologue Mildred Parten le décrivait déjà : plusieurs enfants réunis, absorbés chacun dans leur univers, mais veillant du coin de l’œil sur les gestes de l’autre. Ce n’est pas de l’isolement. C’est une observation en coulisse, une façon d’apprendre en silence, d’imiter sans s’imposer. Un préambule qui prépare, sans pression, à la grande scène de la socialisation.

Cette phase suit celle du jeu solitaire ou du jeu du spectateur, et ouvre la voie au jeu associatif puis au jeu coopératif. Entre deux et trois ans, la plupart des jeunes enfants traversent ce sas, où l’on apprivoise l’autre à distance, où l’on comprend sans parole les codes implicites du collectif. Ils apprennent à accepter la présence de pairs, à tolérer la proximité, à rester maîtres de leur monde tout en glanant, ici et là, des idées nouvelles.

Pour mieux saisir ce que recouvre le jeu parallèle, voici ses caractéristiques principales :

  • l’absence d’interaction directe entre les enfants,
  • une observation attentive de ce que fait l’autre,
  • l’imitation de certains gestes ou idées,
  • l’expérimentation de nouveautés inspirées par le voisin de jeu.

Petit à petit, l’enfant avance vers des jeux plus collectifs, comme l’associatif puis le coopératif, au fil de sa maturité sociale et émotionnelle. Chaque étape s’imbrique dans la précédente, tissant peu à peu la toile de ses relations futures.

Pourquoi ce mode de jeu favorise l’autonomie et les compétences sociales

Le jeu parallèle offre à l’enfant un espace rare où se développent à la fois autonomie et premières bases de la socialisation. À cet âge, il s’autorise à explorer, à tester, à inventer, sans l’enjeu de devoir partager ou collaborer immédiatement. Cette liberté nourrit une autonomie précoce : il choisit le rythme, adapte ses gestes, invente ses propres histoires, sans intervention constante d’un autre enfant ou d’un adulte.

Observer un pair, reproduire un mouvement repéré, ajuster sa manière de jouer : ces petites séquences, presque invisibles à l’œil nu, sont pourtant des tremplins vers la compétence sociale. L’enfant apprend à respecter l’espace du voisin, à évoluer sans s’imposer, à gérer la proximité sans heurts. Un terrain idéal pour renforcer la confiance en soi, oser de nouvelles expériences, affiner sa motricité, repousser les limites de son imaginaire.

Plus concrètement, voici les bénéfices qui émergent lors du jeu parallèle :

  • Un renforcement de l’indépendance dans le jeu
  • Un développement discret du langage, par l’écoute et l’observation
  • Les premiers jalons de la régulation émotionnelle

C’est dans ces moments discrets, apparemment anodins, que le développement cognitif prend racine. L’enfant observe, imite puis module à sa façon. Ainsi, le jeu parallèle prépare sans bruit aux futures interactions, à la gestion des rôles, au partage, à tout ce qui fera la richesse de la vie en groupe.

Deux enfants dessinant sur un banc dans un parc

Des idées concrètes pour encourager le jeu parallèle au quotidien, selon l’âge

Pour mettre toutes les chances de son côté, l’environnement compte autant que le choix des jeux. Il s’agit d’aménager des espaces ouverts où deux enfants évoluent côte à côte, sans obligation de partager tout de suite. On peut installer au sol des blocs de construction ou des puzzles simples, bien espacés pour favoriser l’observation et l’imitation sans forcer l’interaction.

Les supports varient selon l’âge : à partir de deux ans, les jeux sensoriels, bacs à sable, pâte à modeler, eau colorée, stimulent la curiosité et encouragent l’exploration individuelle. Pour les plus proches de trois ans, les poupées ou jeux de cuisine offrent un terrain fertile pour simuler, copier, réinventer à sa sauce ce que fait l’autre, sans se sentir obligé de dialoguer.

Dans ce contexte, parents et éducateurs trouvent leur place en tant que facilitateurs. Proposer des activités côte à côte, rester en retrait, observer sans intervenir à tout bout de champ : l’équilibre est subtil. L’enfant se sent sécurisé, libre d’oser, sans que l’adulte n’impose son tempo.

Pour certains enfants qui peinent à réguler leurs émotions, qui sont très réservés ou au contraire très impulsifs, il peut être pertinent de se tourner vers un pédiatre, un orthophoniste ou un ergothérapeute. Ces professionnels peuvent recommander des ajustements adaptés, voire suggérer des groupes de compétences sociales pour accompagner la transition vers le jeu partagé.

Grandir, c’est aussi apprendre à regarder l’autre sans se perdre, à jouer côte à côte avant de jouer ensemble. C’est dans ce juste milieu que s’inventent les premières règles du vivre-ensemble, une pièce après l’autre, sans jamais brûler les étapes.

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