Aucune victoire n’est garantie : dans le senet, un pion peut soudain être renvoyé en arrière après avoir frôlé la sortie du plateau. Les cases marquées n’offrent pas toujours la sécurité attendue, certaines forçant même à relancer ses propres pièces dans la zone de départ.
Les tablettes les plus anciennes témoignent de variations importantes des règles selon les époques et les régions. Les archéologues discutent encore de la signification exacte de certaines cases spéciales, dont l’interprétation a changé au fil des siècles.
Pourquoi le jeu du senet fascine depuis des millénaires
Le senet, vieux de cinq millénaires, intrigue par sa longévité et la richesse de ses usages. À l’époque pharaonique, il ne se limite pas au simple divertissement : pharaons, nobles égyptiens et membres de la société égyptienne s’y adonnent, du palais aux rives du Nil. La découverte d’exemplaires dans la tombe d’Amenhotep III ou exposés au Brooklyn Museum témoigne de cette popularité.
Très vite, le jeu prend une dimension bien plus vaste. À partir du Nouvel Empire, le senet s’invite au cœur des rites funéraires, devenant le symbole du passage entre la vie et la mort, de la traversée de l’âme vers l’au-delà. Le Livre des Morts et les Textes des Sarcophages mentionnent explicitement le senet, associé aux mystères d’Osiris et à des divinités telles qu’Hathor, Isis ou Nephthys. Les plateaux s’élèvent alors au rang d’objets rituels, devenant passerelles entre les mondes et supports de divination autant que de jeu.
Dans les temples de Dendara ou à Behbeit el-Haggar, le senet s’intègre aux cérémonies, s’imbrique dans les rythmes du calendrier lunaire et dans la danse du soleil et de la lune. Les liens avec l’astronomie s’affirment dans certaines représentations, associant le jeu à la maîtrise du temps et à la navigation céleste. Jouer au senet, c’est alors questionner la destinée, sonder l’invisible, répéter chaque geste comme un fragment vivant des mythes égyptiens.
Les règles du senet : comprendre le déroulement d’une partie
Le plateau de senet affiche trente cases, réparties en trois rangées de dix. Deux adversaires s’affrontent, chacun menant cinq ou sept pions selon la tradition suivie. Pour progresser, ils s’en remettent à des bâtonnets plats utilisés comme des dés, ou à un dé à six faces dans les adaptations modernes. Le résultat du lancer dicte la progression sur le plateau.
Le parcours, loin d’être rectiligne, impose aux pions un déplacement en zigzag. Ils suivent un trajet précis, évoquant la navigation sur le Nil, et rencontrent sur leur route des cases aux effets particuliers. La Maison de la Vie (case 15) oblige parfois à reculer, la Maison de la Joie (case 26) impose un temps d’arrêt. La Maison de l’Eau (case 27) sanctionne le pion qui y tombe en le renvoyant en arrière, rappelant le péril ou la purification. Les dernières étapes, Maison des trois Vérités, Maison de Re-Atoun et la trentième case, ponctuent la course, chacune teintée de sens religieux.
La règle d’or : faire sortir tous ses pions du plateau, en franchissant les cases-clés. Les joueurs peuvent se gêner, bloquer ou capturer les pions adverses, une dynamique qui rappelle le backgammon ou le tric-trac, et qui oblige à surveiller chaque mouvement. Le hasard du tirage ne fait pas tout : la réussite passe aussi par la prévoyance, la stratégie et la capacité à réagir aux imprévus.
Ressources et conseils pour approfondir l’expérience du senet
Pour explorer le senet aujourd’hui, les passionnés disposent d’un large éventail de ressources. La collection du Brooklyn Museum donne accès à un plateau authentique retrouvé dans la tombe d’Amenhotep III. Cet exemplaire en pierre noire rappelle la diversité des matériaux : schiste, grauwacke, mais aussi bois rares. Les recherches récentes sur un plateau réutilisé comme tablette à broyer ont permis d’identifier des graines d’Acacia nilotica, révélant un pan du quotidien des anciens Égyptiens.
Pour ceux qui souhaitent comprendre les règles et les usages du jeu dans la sphère rituelle, les études menées à l’université de Californie par Jelmer Eerkens offrent des pistes précieuses. Ce chercheur a mis en avant le glissement du senet vers l’objet funéraire et médical, notamment dans la médecine ophtalmologique romaine, où le plateau pouvait servir d’outil spécialisé. Des auteurs antiques comme Plutarque, Pline l’Ancien, Homère, Dioscoride ou Gallien ont évoqué le jeu ou ses usages détournés.
Pour ceux qui veulent se lancer, voici quelques pistes concrètes à explorer :
- Reconstituez un plateau de senet à partir des plans disponibles en ligne et expérimentez plusieurs variantes issues des recherches archéologiques.
- Mettez en parallèle les interprétations actuelles avec les mentions du Livre des Morts ou des Textes des Sarcophages afin de saisir toute la portée symbolique du senet.
- Rejoignez les discussions sur des forums spécialisés, où la question du calendrier lunaire et la dimension divinatoire de ce jeu continuent d’alimenter les échanges.
Les ressources iconographiques accessibles sur les sites muséaux offrent un panorama détaillé de l’évolution du senet, entre objet de loisir, instrument rituel et support de divination. Aujourd’hui encore, il intrigue, inspire, et invite chacun à rejouer la traversée millénaire des cases, entre hasard, tactique et fascination pour l’inconnu.


